Mon histoire, c’est celle de deux petites filles à qui on a refusé l’amour, qu’on a malmené, terrorisé, anéantie, c’est celle d’une femme qui se reconstruit, forte et fragile à la fois et qui vous livre ici sa vie. Nous avons été placées ma petite soeur et moi de 1986 à 1995 dans une famille d'accueil en Ess....
J'avais 6 ans et ma petite soeur 3. Nous avons été retirées à mes parents car ma mère était à l'hôpital en dépression et mon père, bien que nous aimant, n'arrivait pas à s'occuper de nous.
A sa sortie d'hôpital, ma mère a tenté de nous récupérer.
Une bonne trentaine de lettres au juge pour enfant n'y ont rien fait.
J'ai eu, il y a deux ans, l'occasion de lire ces lettres lorsque j'ai été consulter mon dossier au tribunal pour enfants. J'étais en larmes.
Comment son désespoir, ses appels innombrables n'ont ils pas pu convaincre le juge de tout l'amour qu'elle nous portait ?
En réalité ils se foutent bien de savoir si les parents aiment ou non leurs enfants, ils ne voient que leurs "défaillances", ils ne savent rien des mots tendres échangés au moment du coucher, ni des regards pleins d'amour.
Ils nous ont retirées à notre mère pour nous "protéger" et en fait c'est aux mains de l'enfer qu'ils nous ont livrées.
Chaque jour, nous nous faisions frapper par la nourrice, traitées de putains, humiliées de sorte que nous n'ayons pas d'amies à qui nous confier.Si je vomissais j'étais forcée de manger mon propre vomi à la petite cuillère. Elle m'a déjà fait manger un crayon à papier parce que je l'avais mordillé.
A une question de cette femme monstrueuse, ma soeur ne sut pas quoi répondre et pour la punir cette sorcière de nourrice lui fit manger la pâtée du chat qui traînait depuis le matin dans l'assiette.
Le matin nous devions faire le ménage avant d'aller à l'école, je devais nettoyer le lavabo des toilettes avec du Cif. Si j'avais mal essoré l'éponge, elle me l'essorait dans la bouche.
Quand je me lavais les dents, si j'avais oublié quelques gouttes d'eau dans le gobelet, elle m'appelait :"DUPONT viens là!" en hurlant. Je tremblais de peur, non seulement je me prenais une claque ou deux, mais en plus elle me jetait un gobelet rempli d'eau au visage.
Et pour chaque chose il en était de même. Tout était prétexte à nous frapper et à nous torturer.
Ma soeur et moi n'avions pas le droit de jouer ensemble, sauf parfois quand elle l’avait décidé, nous le pouvions, soi-disant c'était le psychologue qui en avait décidé ainsi.
Ma soeur devait être moins "dépendante" de moi.
La sorcière me disait toujours que plus tard, je serai une putain comme ma mère et que personne ne m'aimerait jamais parce que j'étais trop moche.
Quand ma mère nous offrait des chocolats à pâques, se privant pour nous les offrir, ce n'était pas nous qui les mangions mais les enfants de la sorcière (la nourrice).
Elle a raconté à tous ses voisins, aux membres de sa famille devant nous que ma mère était folle et que mon père était un alcoolique. Tout cela raconté par elle avec haine.
De quel droit calomniait elle mes parents de cette manière?
Durant les deux dernières années que j'ai passé chez elle, elle tentait de m'obliger, sous peine de coups, à dire à ma propre mère, quand je la voyais le mercredi, que je ne l'aimais pas et que je ne voudrais jamais vivre avec elle.
Le soir elle me demandait si j'avais bien dit cela à ma mère et je répondais que non, alors je me faisais battre. Jamais je n'aurai cédé à son horrible chantage. Je préférais prendre des coups que de faire du mal à ma mère.
Malheureusement ma petite soeur, beaucoup plus jeune, n'avait pas la même force de caractère et à dit le texte imposé par la nourrice à ma mère.
Le fils aîné de cette famille d'accueil nous frappait aussi, surtout moi qu'il haïssait. Un jour il a dit à ma soeur de me mettre une claque sinon c'est à elle qu'il en mettrait une. Ma soeur l'a fait mais ça ne nous a pas séparées. Il y a trois ans de cela, ma soeur s'est excusée en pleurant pour ce qu'elle avait été obligée de faire dix ans plus tôt.
Notre enfance nous poursuit, nous empêchant de vivre une vie normale.
La peur, la colère, la révolte sont toujours là.
J'ai été violée par le fils aîné de cette sorcière.
A l'école, je n'avais pas d'amies. Vous savez comment sont les enfants; si vous êtes habillée comme une pouilleuse, ils se moquent de vous.
En plus la nourrice nous avait fait couper les cheveux courts comme un garçon, les enfants se moquaient de nous a l'école.
Au collège, pareil, j'étais toujours toute seule dans un coin, avec mes livres et mes rêves pour compagnie.
Madame la sorcière a porté de nombreuses années des béquilles suite à un accident qu'elle a eu en 19.. J'avais prié Dieu des centaines de fois qu'elle ait un accident, il faut croire qu'il m'a entendu.
Alors quand je dépassais le temps qu'elle m'avait fixée pour mettre la table, je me prenais des coups de béquilles.
Le problème, c'est qu'on se prenait des coups tous les jours, toute la journée, mais qu'elle s'arrêtait toujours avant que ça puisse laisser des marques qui risqueraient d'être vues.
Mis à part l'arcade sourcilière qu'elle a ouverte à ma soeur en la jetant contre la baignoire.
Le soir elle venait vérifier si on dormait. Je ne parle pas de si elle voulait savoir si on discutait ma soeur et moi, nous avions bien trop peur pour nous y risquer, juste voir si on dormait vraiment.
Moi, j’adorais rêver éveillée, tous les soirs j’imaginais que je vivais dans les bois avec ma mère et ma sœur ou alors j’imaginais le paradis.
Je me disais qu’il fallait que je vive, car un jour, mon prince charmant viendrait me chercher, tout comme dans les contes de fées que je lisais.
Des fois je m’endormais et la sorcière venait, elle soulevait le drap et déjà elle vérifiait que mes mains n'étaient pas près de mon ventre sinon elle me réveillait avec des baffes. Quand on dort, ça fait bizarre!
Ensuite elle soulevait mes paupières pour vérifier que je ne faisais pas semblant de dormir, et bien sûr si je n'avais pas réussi à m'endormir, je m'en prenais plein la figure.
Le lendemain elle arrivait à 4 heures du matin et elle me faisait tomber de mon lit. Je devais ensuite rester dans la cuisine, assise sur une chaise, elle, elle allait se recoucher. Je me souviens que j'avais froid, que j'avais peur!
Quand on jouait ma soeur et moi ça devait être devant elle et attention à ce qu'on faisait dire à nos poupées il ne valait mieux pas que j’envisage de faire dire à ma poupée « pourquoi tu pleures ? », ou «tu veux ta maman ?»
A l'âge de 14 ans, alors que ma poitrine commençait à pointer, elle me faisait sortir à la plage, torse nu. Quand des invités venaient manger, ça ne la dérangeait pas de me laisser torse nu, "il fait chaud c'est les vacances " répondait- elle à ceux de sa famille qui lui faisait remarquer que c'était humiliant pour moi.
Elle avait trois enfants. Elle ne voulait pas qu'on parte car elle craignait qu'on ne dise tout ce qu'elle nous avait fait. Et puis, ça aurait été un échec pour elle si on nous avait rendu à notre mère, puisqu'elle racontait à tout le monde que ma mère était folle, dépressive et qu'elle ne nous aimait pas.
Les éducateurs avaient énormément confiance en elle.
Un an avant que l'on nous place en foyer, j'ai fais une fugue, enfin pour moi c'était une fugue, en fait ça n'a duré qu'une journée.
Un matin que j'étais au collège, j'ai demandé à une amie de m'écrire une lettre comme quoi je devais quitter le collège à 10 h30 pour aller chez mes éducateurs.
Dans notre collège, il y avait une cabine téléphonique, j'ai téléphoné à un taxi en prenant une voix de femme en réclamant qu'on vienne chercher ma fille devant le collège A.. pour l’emmener à E...., ça a marché.
C'était pendant mon cours d'histoire que j'ai pu quitter la classe. Avec le recul je me demande comment ça a pu marcher.
Mais comme j'étais une élève très sérieuse, il ne s'est pas douté une minute que ce n'était pas vrai!
Je suis sortie du collège, le taxi était là ; il m'a emmené a E... .
Je n'y croyais pas, j'avais réussi et j'avais osé faire ça!!!!
La deuxième partie de mon plan ne s'est pas déroulée comme prévu, je devais dès sortie du taxi, me sauver, soit chez ma mère ou très loin d'ici!
Je n'ai pas réussi, il m'a demandé ou se trouvait ma mère, qui devait venir me chercher pour m'emmener chez mon éducateur.
Je l'ai accompagné à deux pas au COAE.
Mes éducateurs m'ont demandé ce que je faisais ici, je leur ai dit que je ne voulais plus rester chez Mme H. Ils m'ont fait patienter dix minutes finissant leur rendez vous et ensuite ils m'ont emmené manger avec eux.
Nous avons un peu discuté mais c'est plus tard, dans l'après midi, quand ils m'ont dit que j'avais (on était au mois de juin) mon séjour au canada, à la prochaine rentrée scolaire, et que c’ était important, qu'il valait mieux qu'on reste encore une année chez Mme H et qu'on en reparlerait l'année suivante, que je me suis effondrée.
Je leur ai dit qu'elle était trop sévère, que je ne voulais plus qu'elle me fasse couper les cheveux courts comme un garçon et que je voulais qu'elle me laisse m'habiller seule, à 13 ans c'est un peu normal !
Je n'ai pas parlé des coups, j'avais trop peur car je savais que de toute façon, comme ils me l'avaient dit, je n'avais pas le choix, ce soir il fallait que j'y retourne.
Je savais que si je disais tout elle me tuerait ou ferait du mal à ma petite soeur.
Elle est venue me chercher, elle a fait celle qui est peinée, fâchée contre moi, mais sans plus.
Le soir elle m'a baffée, tiré les cheveux et fait faire ce qu'elle appelait de la gymnastique, ce qui réellement se nomme de la torture physique!!
Pendant des heures les mains en l’air les genoux et pieds joints, je devais me baisser jusqu'à terre et me relever, sans interruption. Je m’écroulais de fatigue. La plupart du temps, elle s’arrangeait pour me faire subir cela pendant les vacances scolaires, comme ça personne ne pouvait constater notre fatigue.
Nous avons encore passée un an chez elle, la pire année en ce qui me concerne, elle ne me loupait jamais.
