Les enfants placés

Dire enfin les maltraitances institutionnelles........
 
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 temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils

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lenaika
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MessageSujet: temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils   Lun 23 Avr - 23:42

http://209.85.135.104/search?q=cache:FSMEkjp0UK4J:www.edition-cardere.fr/extraits/EXTRAIT-CALAO.PDF+de+l%27orphelinat+aux+familles+d%27accueil&hl=fr&ct=clnk&cd=2&gl=fr




Tout commença pour moi à l’âge de trois ans.Je fus placée dans un orphelinat. Après avoir mangé, je me souviens, on nous mettait sur des petitspots. Un jour, à côté de moi, il s’en trouvait un vide.L’éducatrice posa un petit garçon dessus et me dit:« Cet enfant est ton petit frère ». Je l’ai pris par le cou,je l’ai balancé de droite à gauche en répétant: « J’ai unpetit frère, j’ai un petit frère ».J’ai un autre souvenir; je n’en ai que deux en toutet pour tout de ce temps de ma toute petite enfance.Dans la cour, les enfants jouaient et moi je me trou-vais au pied d’un grand arbre quand tout à coup jeressentis une grande douleur à la tête. J’y passai mamain et vis du sang. C’était un seau métallique quim’était tombé dessus. Ça m’a coûté trois points desuture. La vie commençait mal.Au bout d’un temps qui me parut très long,quelques années peut-être, l’orphelinat décida denous placer, mon frère et moi, dans une famille d’ac-cueil. Nous n’y sommes pas restés longtemps. Ladame était âgée et avait un tout petit appartement.Je me souviens du moulin à café qu’elle m’avaitdonné; j’étais ravie du bruit que faisait la manivellequand je la faisais tourner à toute allure.Cette dame avait un fils qui était routier et quandil passait à la maison de temps en temps, il m’aidait àfaire mes devoirs.Peu de temps après nous sommes allés dans une7
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autre famille d’accueil. La dame y était méchante et mon calvaire commença.Je me souviens qu’une fois, parce que j’avaiscoupé les bouts de ma trousse qui étaient pointus, elleme tapa sur le nez jusqu’au sang. Le soir elle me met-tait dehors en me disant que les loups allaient venirme manger. Imaginez-vous, quand vous avez cinqans, la peur qui peut vous envahir quand vous êtesseule dans la nuit, que vous pleurez mais que per-sonne jamais ne vient vous réconforter et vous fairerentrer à la maison. Parfois aussi elle m’enfermaitdans un placard à balais en me disant qu’il y avait desaraignées. J’y restais des heures, pétrifiée par la peur.Elle nous obligeait à l’appeler « tante J. » et nousnous exécutions (bien qu’évidemment sans lemoindre sentiment envers elle), de peur d’êtrefrappés.Là aussi, pour un petit enfant, il m’est impossiblede dire le temps que j’y ai passé. Toujours est-il que jeme revois partir dans une Simca 1000 marron vers latroisième famille d’accueil du côté de Lézignan.J’allais beaucoup souffrir dans cette dernière famille.Elle était composée d’un couple avec deux filles,dont l’une gentille et l’autre méchante. Avec le reculje comprendrais pourquoi: elle croyait que je lui vole-rais l’amour de sa mère. J’allais devenir la rivale de lafille et le souffre-douleur de la mère.Heureusement de temps en temps, l’autre fille, lacadette, était gentille avec moi, de même que le père,mais ils n’avaient pas le dessus face à mes deuxpersécutrices qui se débrouillaient toujours pour queje sois punie. Parmi toutes les cruautés que j’ai subies,je me souviens de ce que nous endurions le soir, monfrère et moi, quand nous devions uriner avant d’allerau lit. En effet la fille aînée répandait de l’eau une fois8
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que nous étions sortis des WC pour faire croire quenous avions uriné par terre. Le dernier qui sortait desWC était accusé d’avoir fait à côté et donc il subissaitune punition qui consistait d’une part à nettoyer etd’autre part à recevoir quelquefois des gifles. Bienévidemment, comme elle me détestait, elle faisait ensorte que je sois la dernière à passer aux WC. Cettesituation terrible dans laquelle je savais que j’allaisêtre systématiquement tapée alors que j’étais inno-cente de ce qu’on m’accusait dura des mois et desmois. Imaginez la peur et la souffrance qui furentmiennes à cette période-là. Heureusement, quandmême, un jour, le mari de cette personne, utilisant lesWC juste après nous, s’est rendu compte qu’il s’agis-sait non pas d’urine mais d’eau, et notre supplice acessé car la machination a été dénoncée.Ce n’était pas la seule méchanceté que me réser-vait la fille aînée. Elle sortait de la maison, ramassaitdes cailloux, les jetait à l’intérieur par les fenêtres,puis faisait croire à sa mère que c’était moi l’auteur deces jets de pierres. Alors, bien sûr, le châtiment tom-bait: fessées et gifles. Ça a duré des mois; l’après-midi c’était les jets de cailloux et le soir c’était les WC.Mon plus mauvais souvenir se rapporte à unsamedi. C’était jour de bain, si l’on peut dire, puis-qu’elle nous faisait laver avec l’eau sale de la toilettede ses filles. Nous devions aussi mettre notre linge àpart dans une cuvette car elle ne mélangeait jamaisnos vêtements avec les leurs.Ce jour-là, elle m’appelle et me montre un petitflacon de pharmacie. Sur un ton de méchancetémenaçante, elle me dit: « Qu’est-ce que c’est ça? ». Jeregarde ce petit flacon de verre dont j’ignorais tout etje lui réponds peureusement: « Je ne sais pas »..urieuse, elle m’accuse de quelque chose d’impen-9
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sable, à savoir d’avoir voulu empoisonner mon frère.Je n’avais même pas eu le temps de réaliser quedéjà son mari me renversait sur ses genoux et qu’ain-si offerte à elle sans défense, elle me frappait à coupsde martinet, de toutes ses forces, à toute volée.Devant cette cruauté incompréhensible j’ai pleuré delongues heures en me demandant pourquoi un teldéchaînement de violence qui dépassait sa méchan-ceté habituelle.Le lendemain, nous nous sommes préparés pouraller à la messe. Elle me fit revêtir ma robe dudimanche et m’appela. Quand j’arrivai devant elle,elle souleva ma robe. Terrorisée, je n’ai pas osé bou-ger. Dès qu’elle tourna les talons, je fis comme elle,intriguée par son geste, et je m’aperçus que j’avais lescuisses toutes violettes des coups de martinet reçus laveille. Mais elle ne me prodigua aucun soin, et doncce regard n’était en rien dicté par un remords, aucontraire, elle s’assurait que les coups avaient bienproduit leurs effets.Dans l’ordinaire des jours je me souviens qu’ellem’appelait sèchement par mon nom de famille X: « X,viens ici, X, viens manger ». Il était bien rare que jesois appelée – comme heureusement c’est le cas pourtous les autres enfants – par mon prénom. Chaquefois que j’entendais: « X, viens ici », je m’attendais aupire.L’hiver, alors qu’il faisait très froid, elle nous met-tait dehors pendant des heures, sans jouet, sans rien;je me rappelle que tellement j’avais froid, j’en avaisl’onglée, et je priais le ciel pour qu’elle nous fasse ren-trer. Mais nous restions toute la journée dans la couret quand enfin nous retournions dans la maison,c’était pour être debout des heures encore à côtéd’une chaise avant d’être autorisés à nous asseoir.10
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Nous n’avions ni jouets ni livres ni le droit de quitternotre chaise. Nous attendions jusqu’à l’heure durepas. Mais notre supplice ne prenait pas entièrementfin puisque nous étions placés en bout de table, leplus loin possible, au point même qu’on tirait la ral-longe. Et de plus nous ne partagions pas la mêmenourriture car nous mangions systématiquement lesrestes de la veille.Pour nous, mis à l’écart, il n’y avait jamais de pro-menades, jamais de sorties et bien sûr jamais de spec-tacles. Quand approchait le moment de Noël, je sen-tais une certaine effervescence. Je voyais bien le sapinmais rien ne m’était dit ni expliqué. C’est grâce àl’école que je savais ce qu’était cette fête, mais dans lamaison on se taisait. Le soir de Noël on nous couchaitcomme les autres soirs. Mais moi je ne dormais pas,j’écoutais; parfois je me levais, je regardais en cachet-te à travers le rideau et je les apercevais autour de latable bien garnie, décorée, avec des bougies allumées.Toujours pour nous tenir, mon frère et moi, loind’eux, ils ne faisaient pas la fête dans la salle à man-ger, mais bien cachés dans leur cuisine. C’est là quej’ai surpris l’échange des cadeaux. Pour nous évi-demment jamais le Père Noël n’a apporté quoi que cesoit. Jamais non plus aucun de nos anniversaires n’aété fêté; et nous n’avions pas le moindre argent depoche donc pas la moindre petite friandise à nousmettre sous la dent, cela pendant des années. Onvivait dans une telle privation qu’un soir, alors quetoute la famille était partie au cinéma en croyant quel’on dormait, j’ai réveillé mon frère et nous sommesallés vider une soupière de friandises placée sur latable de la salle à manger. Pour cacher toute trace denotre petit régal j’ai bien pris soin de faire disparaîtretous les papiers des bonbons entre le radiateur de11
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chauffage et le mur, je pensais qu’ils seraient biencachés à la vue. Le lendemain ma gardienne tirant lefauteuil vit les emballages sur le sol. J’ai bien sûr reçuune raclée, mais parmi toutes les autres, dont le motifn’était que la cruauté, celle-ci m’apparut justifiée.D’une part je savais pourquoi je l’avais reçue et d’au-tre part, la veille je m’étais régalée, elle n’était paspour rien cette fessée-là!Ce n’était là que petite sottise d’enfant privée detout, mais allait venir peu à peu la révolte qui allaitme mettre du mauvais côté de la barrière en me fai-sant commettre des petits larcins. J’ai commencé parvoler des bonbons dans les magasins et ensuite lesgoûters des autres enfants à l’école car pour nous iln’y avait jamais de quatre-heures.Un jour, le mari de ma gardienne eut un accidentde travail. Il tomba de sa grue sur le chantier partemps de grand vent. Dans la journée, devant s’occu-per de lui et dans l’impossibilité de nous garder, ellenous confia, mon frère et moi, à une voisine, unedame âgée qui habitait un vieux cabanon à proximité.Cette dame était seule dans la journée et rejointe seu-lement le soir par son fils à la sortie de son travail. Jel’aidais à faire son ménage, ça me faisait plaisir de luirendre service.Une autre fois, alors que j’étais en train de net-toyer, mon frère vient me trouver avec un porte-mon-naie qu’il avait pris dans les affaires de cette dame. Ilcontenait la somme de 150 francs, un billet de100 francs et un billet de 50 francs. Il me regarde etdit: « Prenons le billet de 50 francs ». Je lui réponds:« Non! Prenons celui de 100 francs et en le faisantchanger chacun aura 50 francs ». C’est ce que nousfîmes. J’étais heureuse, je pensais avec cette sommem’acheter des tas de choses.Revenue chez notre gardienne, je me débrouille12
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Dernière édition par le Lun 23 Avr - 23:51, édité 1 fois
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lenaika
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MessageSujet: Re: temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils   Lun 23 Avr - 23:44

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pour cacher le billet dans le garage. Il était l’heure demanger et de se mettre au lit. Il faut dire que celui-ciétait un canapé que nous divisions en deux avec unegrande planche de séparation installée juste avant dedormir.Peu de temps après la vieille dame vint à la mai-son demander à notre gardienne si nous n’avions paspris le billet qui manquait dans son porte-monnaie.Elle était très angoissée car c‘était tout son argentpour la semaine.Notre gardienne vint nous questionner à proposde cet argent. J’ai répondu que nous n’avions rienvolé! Mais comme le soupçon pesait fortement carnous étions les seuls à avoir été chez cette personne,notre gardienne, ne tenant pas compte de notreréponse, se mit à fouiller nos habits et nos cartables,puis mon vieux portefeuille. Mais elle ne trouva rien.Voyant cela, elle nous menaça d’appeler les gen-darmes qui, dit-elle, nous mettraient en prison, àl’eau et au pain sec.Effrayée par cette menace d’enfermement et pen-sant qu’elle allait la mettre à exécution, j’ai avoué.Elle me demanda de me lever immédiatement et d’al-ler chercher les 100 francs. Je me lève, je vais au ga-rage où je laissais toujours mon cartable. Ma gar-dienne m’y suit. Devant elle, j’ouvre celui-ci, je sors leportefeuille, j ‘arrache un autocollant qui cachait lebillet et je lui tends l’objet du délit. Elle nous conduitalors chez la vieille dame pour que nous lui rendionsson argent et recevions la leçon de morale que nousméritions. Ce qui n’a pas manqué, la dame en ques-tion, très en colère, nous a foudroyés du regard ennous traitant de voleurs.De retour à la maison, j’ai reçu une grosse raclée:gifle et fessée. Mon frère, lui, n’a été ni tapé ni puni13
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alors que c’est lui qui m’avait poussée à voler etqu’elle savait qu’il avait été mon complice.Ma gardienne était, certes, très légitimement encolère parce que nous avions volé l’argent d’une per-sonne âgée, 100 francs à l’époque représentaient unesomme importante, surtout pour cette dame qui avaitpeu de moyens, mais au-delà, ce qui l’avait littérale-ment enragée, c’était de ne pas avoir pu découvrir macachette. Elle s’était sentie mise en échec et n’avaitpas supporté que j’aie été plus forte qu’elle en luisoustrayant le billet. C’est cela qui avait provoquéune telle violence physique lors de la punition qu’ellem’avait infligée.Je devais avoir à l’époque environ huit ou neufans, et commençait à germer dans ma tête l’idée defuguer. J’allais rapidement la mettre en pratique. Jeme souviens, c’était un après-midi, j’ai passé le por-tail très vite pour échapper à la vigilance de ma gar-dienne. Je me suis mise à courir mais sans savoir oùj’allais, sans but, je voulais juste fuir ma conditionhabituelle, être soulagée. J’ai traversé le hameau, par-couru un ou deux kilomètres, dépassé une station-service. Là, malheureusement, une voisine m’aaperçue toute seule, a compris que quelque chosed’anormal se passait et m’a fait monter de force danssa voiture pour me ramener à la maison. J’étais, sur lechemin du retour, épouvantée à l’idée que j’allaisrecevoir une correction et retrouver tous mes mal-heurs. Arrivée devant la maison, je m’accrochai à lapoignée de la portière, ne voulant pas descendre. Jecriai: « Non, je ne veux pas, je ne veux pas ». Ma gar-dienne m’arracha de force et remercia la dame dem’avoir ramenée. À ma grande surprise je n’ai été nitapée ni réprimandée. Avec du recul je crois que magardienne a eu peur que je parle des mauvais traite-14
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ments qu’elle me faisait subir. De plus, quelqu’unvenait de constater ma fugue, or un enfant nes’échappe pas s’il est heureux dans la maison qui l’ac-cueille.À partir de ce moment-là j’ai commencé à vouloirexister et à me faire entendre. Je me souviens d’unlourd mensonge qui concernait mon livret scolaire.Tant que mes notes n’étaient pas trop mauvaises, jel’apportais à la maison pour le faire signer, mais dèsque j’ai atteint la lettre D, j’ai commencé à le cacher.Ça a duré six mois. Je « l’oubliais » dans mon casier,à l’école ou je le laissais dans le porte-bagages du carde ramassage pour que ma marâtre ne le découvrepas. Le lendemain je le signais moi-même et je le pré-sentais à l’instituteur. Ce dernier trouvait parfois lasignature un peu bizarre, avait quelques soupçons,mais je lui répondais que ma marâtre avait des diffi-cultés pour signer à cause d’un doigt cassé.Celle-ci se demandait pourquoi elle ne voyaitjamais le livret. J’inventais toutes sortes de men-songes pour expliquer son absence, comme parexemple que le maître ne me l’avait pas remis et leferait plus tard. Mais ne voyant jamais rien venir leparâtre s’est déplacé au mois de juin pour rencontrerl’instituteur et là, la supercherie a été découverte.Je me souviens de cette scène, j’avais environ neufans: je me revois encore assise sur un escalier dans lacour de récréation pendant que mon parâtre discutaitavec l’instituteur. Au terme de leur entretien j’ai reçude la part du maître une gifle magistrale. C’était déjàdur mais il restait le plus difficile: rentrer. L’idée duchâtiment que j’allais subir m’épouvantait. Comme jem’y attendais j’ai pris une grosse raclée et pendanttout le mois qui a suivi j’ai dû tous les jours travaillerà refaire tous les devoirs de l’année. Pour des15
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vacances c’était quand même bien difficile d’êtreenfermée quand le beau temps régnait au-dehors.Au cours de l’année de mes dix ans, j’en étais déjàà plusieurs années de maltraitance et je tournais etretournais l’idée d’échapper à ma condition insup-portable.J’avais déjà songé plusieurs fois à fuir, j’en avaistellement assez de souffrir; les années de mauvaistraitements s’accumulant, j’avais même songé à tuermes gardiens persécuteurs. Avec mon frère, de troisans plus jeune que moi, j’élaborais un scénario. Dansmon esprit d’enfant accablé par la souffrance, voilà ceque j’imaginais: d’abord attendre qu’ils dormenttous, ensuite se lever, aller prendre le gros couteau decuisine et les transpercer les uns après les autres, sansoublier les deux filles, qui ne devaient pas restercomme témoins.Ensuite nous imaginions, toujours dans nos espritsd’enfants, comment nous nous débarrasserions descorps. Mon petit frère projetait de prendre le volantde leur voiture, une Simca 1000, après que nous yayons chargé leurs corps, et de les conduire à deux outrois kilomètres, à la rivière où nous les aurionsjetés. Nous avions aussi prévu de faire face aux ques-tions des voisins qui évidemment n’auraient pasmanqué de constater leur disparition: tout simple-ment nous pensions leur dire qu’ils étaient partis envoyage. L’idée de ne plus jamais avoir affaire à euxnous faisait rêver de bons repas et de friandises, d’ab-sence de punitions injustes, d’humiliations et decoups.Longtemps nous avons conservé ce scénario quenous peaufinions souvent le soir, mon frère et moi.Nous trouvions dans ces fantasmes la force de sup-16
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porter notre condition d’enfants maltraités.C’est cette même année que, toujours poussée parle désir d’échapper à ma condition – car évidemmentnous n’avons pas mis à exécution notre macabre scé-nario, et d’ailleurs comment aurions-nous pu le fairepuisqu’il nous était interdit de nous lever le soir? –, jeme suis débrouillée pour trouver de l’aide.J’avais entendu dire que dans le village où j’allaisà l’école il y avait une assistante sociale. Je ne savaispas trop ce qu’était une assistante sociale mais j’aisenti qu’en elle je trouverais une alliée. Peut-être dansla cour de l’école mes camarades m’avaient-ils parléde cette personne? Je n’en ai plus grand souvenir,mais toujours est-il que je suis allée trouver cettedame. Je ne me souviens plus du trajet que j’ai effec-tué pour m’y rendre, je me rappelle seulement avoirséché l’école.Je lui ai raconté toutes les maltraitances que jesubissais. D’avoir pu enfin confier ma souffrance m’agrandement soulagée. Mais aussitôt après, la peur estrevenue: et si ma marâtre venait à le savoir?Je suis rentrée à la maison, bien sûr je n’ai rien dit.La marâtre n’a rien su et mon soulagement s’est accruquand les démarches ont commencé à porter leursfruits. En effet un éducateur n’a pas tardé à venir à lamaison – ça devait être un mercredi, nous n’étionspas à l’école – pour se rendre compte de notre situa-tion. Je me souviens de cet homme, la quarantainepeut-être, un peu chauve avec une grosse moustache.J’ai le souvenir de sa visite, probablement impromp-tue. Nous étions, mon frère et moi, dans la cour,désœuvrés comme toujours. Je le revois discutantavec la marâtre dans le couloir de la maison. Ce pou-vait être deux heures de l’après-midi, la discussion aprobablement été assez longue et la marâtre ensuite17
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s’est adressée à moi en m’appelant par mon prénom,cette fois, ce qui n’arrivait jamais, d’habitude c’étaittoujours par mon nom de famille! C’est ce qui me faitdire que manifestement elle avait senti le danger et setenait à carreau. Elle nous a même proposé, à monfrère et à moi, une glace, chose exceptionnelle carnous n’avions jamais de goûter et encore moins defriandises.Cependant, une fois que ce monsieur a eu le dostourné, elle m’a fait payer la gentillesse forcée qu’elleavait dû avoir vis-à-vis de moi. En quelque sorte ellese vengeait, car ça l’avait rendue malade d’avoir à mefaire du bien devant cet homme. Alors dès qu’elle apu recommencer à me persécuter elle ne s’en est pasprivée. Mais avec le temps je m’étais construit unecarapace, si bien que je ne craignais plus les coups,d’autant moins qu’une aide – même si ça ne me suffi-sait pas – s’était manifestée.Un jour, après une dispute avec son mari, ellem’appelle. J’étais dans la cour, je m’avance pourentrer dans la maison et arrivée sur la terrasse ellem’arrête et me met une grande gifle. Cette fois-là jen’ai pas bougé et je l’ai regardée droit dans les yeux,lui montrant que les coups ne m’abattraient pas.J’avais relevé la tête, mon attitude lui disait: « Je suisplus forte que toi ».Je n’avais plus peur, un déclic s’était produit. Jen’ai même pas versé une larme. Alors de colère elleme dit: « Qu’est ce qu’il te faut à toi pour te fairepleurer! ». Je suis partie sans répondre, la laissant auxprises avec la force que je venais à cet instant de luimontrer.Vint l’année de mes onze ans.Nous étions au mois d’août et comme chaque18
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MessageSujet: Re: temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils   Lun 23 Avr - 23:48

cette histoire ressemble en tout point a la mienne , les betises que faisait les enfants qui nous accusaient ensuite pour qu'on se fasse tazper , la haine de cette famille d'accueil car elle voulait me mettre a terre et sentez que malgrés mes larmes je serai forte etc..........

mon dieu j'aimerais savoir qui est l'auteur de cette histoire .................
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MessageSujet: Re: temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils   Mar 24 Avr - 2:20

une réponse rapide, un roman qui est le résultat d'un traveil d'écriture mené avec une assoc d'aide aux personnes en difficultés implantée dans un quartier dit "sensible":

http://www.edition-cardere.fr/LivresDetail.aspx?ID=30&Cat=7
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MessageSujet: Re: temoignage anonyme de maltraitances en familles d'accueils   

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